Quelques mots sur les dernières sorties des salles obscures...


mercredi 22 avril 2009

Dans la brume électrique, ou le blues du bayou

Ce que j'aime chez Bertrand Tavernier, c'est sa façon de capter les visages et expressions de ses personnages, et de planter toujours parfaitement un contexte fort à ses films, pour mieux suivre et comprendre les actions et réactions de chacun.
Bertrand Tavernier a décidé cette fois, après le Cambodge dans Holy Lola, de retracer une enquête policière en plein bayou cadien. Et avec Tommy Lee Jones qui plus est. Moi je dis pourquoi pas!
Et grâce à ce contexte si bien construit, grâce à la bande son, emplie de blues mélancolique, on est très vite dans l'ambiance. Même si ça n'avance peut-être parfois pas assez vite, cela va parfaitement au ton et à la moiteur du film. On sort de la séance comme Dave Robicheaux sort du marais. Un peu engourdi mais encore imprégné de cette atmosphère, un peu tendue, un peu cordiale, un peu langoureuse, un peu initiatique.
Un sujet attrayant, et un voyage intéressant à faire.
Un petit conseil malgré tout : gare aux moustiques!

lundi 20 avril 2009

Coco avant Chanel, applaudissements après émotions

Parce que l'équipe était là et qu'elle méritait tout plein tout plein de clappements de mains.
Et parce que rien ne me remue plus qu'un beau chagrin d'amour sur grand écran.
Déjà grâce à Audrey Tautou, splendissime en Gabrielle Chanel, petit bout de femme au caractère bien trempé. Elle a su incarner son audace, sa force et son ironie avec un naturel brillant.
Avec Coco avant Chanel, on comprend beaucoup de comment Coco, ou Mademoiselle, s'est construite, et est devenue ce grand personnage de la mode. Comment le bonheur et les entailles de l'amour l'ont bâtie.
Les dialogues sont tout aussi superbes, ciselés avec grande précision, comme un coup de ciseau dans une pièce de jersey...
Chaque réplique marque, pique, touche, empoigne.
Je ne peux d'ailleurs m'empêcher de garder en mémoire certaines phrases, dont voici un avant-goût...
Coco : "Ce qui est intéressant dans l'amour, c'est faire l'amour. Dommage qu'il faille un type pour ça!"
Coco : "Ça fait quoi l'amour?" Emilienne : "Ça fait mal!"
Coco : "Des pauvres heureux! C'est bien une idée de riches!"
Cette version romancée de la vie 'pré-notoriété' de Gabrielle Chanel nous donne aussi les clés de la révolution que Mlle double C a créée : c'est en cherchant la simplicité et le confort que Chanel a réussi à faire de la femme une beauté dépouillée du superflu, mais en gardant toujours l'élégance.
Bravo donc à ce joli film. On attend maintenant de revoir très vite Audrey Tautou dans le prochain Salvadori, de voir Anne Fontaine réaliser un nouveau film à costumes, et de voir Chanel interprétée cette fois par l'allure sensuelle d'Anna Mouglalis dans Coco Chanel & Igor Stravinsky...

dimanche 19 avril 2009

Chéri... raison ou sentiments?

Avant de parler du film, un petit mot sur la salle où j'ai décidé d'aller mirer Chéri. Car j'ai choisi un cinéma assez surprenant construit par amour (ça tombe bien vu le sujet du film), autour de 1895, alors que les japonaiseries étaient à la mode, et réouvert au public depuis 2000. Monument historique avec cela! Car c'est une véritable pagode qui a été construite, d'où le nom de cet unique cinéma du très résidentiel 7e arrondissement: La Pagode. Deux salles s'y cachent, mais il faut plutôt y aller pour la salle 1.
Là pour le coup, j'étais en salle 2 pour voir Chéri.
Maître en la matière de films à costumes (on pense naturellement au splendide Liaisons dangereuses), Stephen Frears nous plonge en pleine Belle Époque à Paris et nous présente l'histoire de la courtisane, Léa de Lonval, dite 'Nounoune', qui arrive en fin de carrière, mais tombe amoureuse du jeune Fred Lepoux, dit 'Chéri'. La mère de Chéri veut malheureusement des petits-enfants, et par conséquent marier son fils à la jeune Edmée...
La précision et la justesse de la réalisation rendent l'ensemble du film extrêmement harmonieux. Un ton léger mais sincère, de très belles images, une excellente photographie (comme l'affiche l'annonçait), et un scénario qui tourne autour de deux problématiques : le destin s'arrête-t-il à un certain âge, et la raison a-t-elle sa place face à l'amour? Le dernier plan sur le visage triste et cerné de Michelle Pfeiffer est un des plus poignants du film, car on arrive à y lire bien plus qu'il n'est dit.
Ce roman de Colette est narré comme un conte, et délivre une conclusion qui conforte mes convictions romantiques.
Comme dirait Blaise Pascal, "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point".
Raison ou sentiments? Cœur ou méninges? A méditer...

OSS 117: Rio ne répond plus, mais le public si!

Mon unique objectif en allant voir OSS 117 était de pouffer de rire pendant une bonne heure!
Mission accomplie!
Si vous avez vu et aimé 'Le Caire nid d'espions', vous aimerez 'Rio ne répond plus', sûr de sûr!
Ce nouveau volet est encore une bonne parodie des films d'espionnage des années 60-70, avec de nombreux clins d'œil (comme utiliser sa main de pare balles à chaque grosse fusillade, inspiré de James Bond...!). Je dois avouer qu'après avoir vu de vieux James Bond, je trouvais qu'OSS 117 n'était pas si exagéré que ça! Il manquait juste la dose d'humour et de dérision! Donc bravo à Jean Dujardin en Hubert Bonisseur de la Bath, personnage assez détestable par son arrogance et ses leçons de morale, mais tellement drôle en sauveur malgré lui.
En résumé, si vous aimez la danse et les Chinois, allez donc prendre une dose d'OSS 117 pour passer un bon moment de divertissement!

samedi 18 avril 2009

Rachel se marie, ou comment trouver de bonnes idées pour un discours de mariage

La séance commence mal... je m'explique : j'ai décidé de partir à l'aventure dans un cinéma où je ne vais jamais : le Mistral. Déjà, à l'entrée, on me déchire sauvagement mon ticket, ce qui fait que je rentre dans la salle avec un morceau de papier en bien mauvais état. Et ça, pour moi qui garde tous mes tickets de cinéma précieusement, c'est une malédiction... bref... arg...
On me fait donc entrer dans la salle 1 alors que le générique de fin de la séance précédente est encore diffusé sur l'écran... double arg...
Bon allez, la salle est grande...passons...C'est donc une demoiselle renfrognée qui s'installe dans la salle.
Et même si le sujet du film n'est pas franchement heureux (Kym sort de désintox pour le mariage de sa sœur Rachel, ce qui entraîne une grosse remise en question de la famille, et tout part un peu en sucette), le ton du film et le scénario sont splendides. Je suis comblée. On rentre tout de suite dans l'intimité de la famille, grâce à l'ultra sincérité des dialogues. L'idée de commencer par la répétition de la noce et d'entendre les discours de chaque invité au moment du repas en l'honneur des futurs mariés nous donne un peu l'impression de faire partie de cette grande famille. On comprend l'enjeu de chaque personnage, les fautes, les demandes ou manques (d'attention, d'amour, de liberté, de confiance) légitimes à chacun. On suit le déroulement des préparatifs un peu comme si on y était (grâce notamment à l'alternance avec quelques prises de vue à travers la caméra d'un des invités). Ce mariage devient une grande confession familiale. Un ton d'une belle justesse. Personne n'en fait trop ni pas assez.
J'en oublie mon ticket déchiré et fais presque un sourire au guichet! Un bravo donc au film! Et tous mes vœux de bonheur à Rachel!

vendredi 17 avril 2009

Un été italien aka Genova (à la recherche du traducteur des titres originaux...)

Je m'attendais, en allant voir Genova, à un beau drame, à la façon de la Chambre du fils. Un film qui vous fait couler le mascara le long des joues pendant 2 heures (caractéristique purement féminine, je l'admets).
Kelly et Mary ont un accident de voiture avec leur mère. Elle meurt. Les deux jeunes filles doivent alors affronter ce décès avec leur père, qui décide de les emmener en Italie pour s'éloigner, oublier.
Genova ne traite pas tellement de la douleur suite à la perte brutale de la mère, mais plutôt de comment chaque membre de cette famille blessée s'isole et fuit le deuil trop récent, chacun à sa manière.
Le film est touchant, par la retenue de Colin Firth, les regards mélancoliques, et l'ambiance romantique de l'Italie. Mais les personnages gardent une certaine distance avec le spectateur, et partager et ressentir l'émotion de l'histoire en devient compliqué. On garde le fil et on aimerait quand même que la famille arrive finalement à communiquer et interagir.
Un joli film donc, mais un brin plat, par rapport au drame annoncé..
Au final, pas une seule larme de versée...j'en suis presque déçue! Snif...

jeudi 16 avril 2009

Wendy et Lucy... chacun cherche son chien

Wendy part en Alaska avec Lucy, sa chienne. Pour trouver un nouveau travail, un nouveau chez soi, une nouvelle vie. Mais les galères s'accumulent et, alors que Wendy est arrêtée pour vol à l'étalage, Lucy va disparaître devant le supermarché où elle l'avait laissée.
Michelle Williams avec sa moue touchante, et ce petit quelque chose d'enfantin, émeut. Tout le film tourne autour de la recherche de Lucy et des malchances qui s'accumulent en l'espace de trois jours, entre la panne de voiture, le manque d'argent, une sœur et un beau-frère qui ne veulent pas l'écouter... juste l'écouter.
Le travelling au centre du film balayant les chiens enfermés dans la fourrière, alterné avec un travelling sur Wendy qui cherche Lucy parmi tous ces chiens, entre espoir et désespoir, fait ressortir la solitude de Wendy, et de combien, dans sa fuite vers l'Alaska, elle est désemparée. D'argent, d'attention, d'affection... Un beau mais triste portrait de la Désillusion avec un grand D.
J'avoue que même si le personnage de Wendy est touchant, j'ai été un peu déçue de la fin, en queue de poisson. Une fin où désillusion se transforme en résignation. De belles images mais qui laissent un goût amer à la sortie. Au moins, même si au final on ne sait pas si elle va atteindre ou non l'Alaska, elle ne se sera pas intoxiquée avec des graines... c'est déjà ça!

lundi 13 avril 2009

Ponyo sur la falaise, ou comment je suis redevenue une gamine prête à s'émerveiller devant un poussin...

... ou Ponyo elle-même!
Comme vous avez peut-être déjà compris, j'ai mes chouchous cinématographiques, et quand chouchous ils deviennent, fidèle je leur suis.
C'est le cas pour Hayao Miyazaki. Parce qu'il arrive à donner une âme à ses films d'animation, et parce qu'il arrive à créer des univers empreints de traditions et croyances japonaises, ce qui donne souvent quelque chose de magique, presque féérique à ses films...
Je m'étais passionnée pour Princesse Mononoke et le Voyage de Chihiro, je m'étais un peu moins accrochée au Château Ambulant, à Nausicâ ou à Kiki la petite sorcière.
Mais fidèle je suis, fidèle je reste. J'avais raison.
Ponyo sur la falaise se décroche un peu de ce qu'Hayao Miyazaki a fait dernièrement. Il est non seulement revenu à un film d'animation 100% dessiné manuellement, mais est revenu à une histoire plus simple, plus fraîche. L'histoire de Ponyo, petit être de la mer, qui, après avoir rencontré le petit garçon Sôsuke, aimerait devenir, elle aussi, un enfant.
Hayao Miyazaki voulait avant tout plaire et toucher les enfants. Mais il a tellement réussi à rendre l'histoire tendre, un peu naïve, mais toute pleine d'enchantement, que l'on se prend à s'attendrir devant Ponyo et Sôsuke. On sent que les dialogues ont été simplifiés au maximum pour rendre le film accessible à la plus large fourchette d'âges et de nationalités possible (pour dire, avec mon piètre niveau de Japonais, j'ai réussi à comprendre la moitié des dialogues en VO!!), et cela rend le film d'autant plus léger et attachant. Le travail des sons et des bruitages est brillant, et accentue le ton des scènes, notamment pour les situations plus comiques.
Donc partez vite rejoindre Ponyo sur sa falaise si vous voulez réveiller votre âme d'enfant et sortir avec des pétillements dans la tête.
Sur ce... Oyasuminasai !

samedi 4 avril 2009

The Wrestler, ou Mickey Rourke, le retour

He's back!
Même si ce n'est plus tout à fait le Mickey Rourke qui demandait à Kim Basinger de garder son chapeau, rien que son chapeau (cf avant-après à gauche)...
Mais attention, il est quand même devenu un néo héros du catch, qui s'arrache des agrafes de la peau avec ses ongles, rien qu'avec ses ongles...
Fascinée par Darren Aronofsky, véritable virtuose de l'image et du montage, je m'attendais, après Requiem for a Dream et The Fountain, à un nouveau chef d'œuvre esthétique. Raté...
Darren Aronofsky nous présente Randy 'The Ram', ancienne star du catch sur le retour, lâché peu à peu par sa santé, sa notoriété, sa fille... Une fin de carrière plutôt pénible à surmonter seul.
Le parallèle entre l'acteur et le personnage est évidemment poignant. Mais pas de quoi non plus en faire une salade composée...
Un peu déçue donc par The Wrestler.
J'ai quand même une conviction à la sortie du film : le catch, ça fait mal...!

Frost/Nixon, journalisme/politique, qui manipule qui?

Je ne suis pas une fan incontestée de Ron Howard. Je trouve son ton un peu sirupeux, son esprit assez manichéen (j'avais d'ailleurs eu de vagues nausées devant Un homme d'exception, Ed TV ou le Da Vinci Code). Même si j'avoue que, durant ma tendre enfance, j'ai dû voir environ 346 fois Splash, en rêvant d'être moi aussi un jour une sirène...!
Mais le sujet ici m'intéresse.
Années 70. David Frost, présentateur TV, veut obtenir, lors d'une interview, les confessions de Richard Nixon suite à sa démission à la Maison Blanche.
Le titre est très bien vu, car le parallèle entre les 2 personnages est omniprésent dans le montage du film. Et très bien fait. Le film est présenté comme un reportage et nous amène jusqu'à la fameuse interview, qui se déroule sur plusieurs jours. Ou plutôt jusqu'au duel, car il s'agit ici d'un duel, d'un combat. Plans rapprochés, on passe d'un adversaire à l'autre de plus en plus vite, suivant la tension du moment, comme une partie de ping pong. Tout l'enjeu est de déstabiliser l'autre, de prendre le dessus, dans la posture, le ton, l'expression du visage. Vient ensuite, ou pas, le contenu souhaité.
Au bout du compte, il n'y a pas vraiment de bon ou mauvais personnage, juste un gagnant et un perdant. Richard Nixon, aux allures d'escroc manipulateur au début, toujours entouré de sa suite, apparaît à la fin comme un Droopy résigné. Assez brutal comme revirement! Je dirai même un peu trop brutal...
Le film est quand même très bien construit et on se prend au jeu, à chaque interview, de vouloir intervenir, et se dresser sur sa chaise (mes plus plates excuses au spectateur assis derrière moi...), à l'affût de la moindre réaction des 2 personnages.
Je me réconcilie donc avec Ron Howard, et promis, je vais à nouveau rêver d'être une sirène!